PETITS FOURS ET VACHERIES

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Théâtre de l'Atrio - Champs-sur-Marne - 2013

3 F / 2 H

Durée : 5 mn 30

 

     Ambiance cocktail chic. Musique de fond et voix de convives qui discutent, le tout s'atténuant jusqu'à être à peine audible juste avant le début des dialogues. Une entrée au milieu de la scène, au lointain. A jardin, deux ou trois tables avec bouteilles, verres et petits fours.

Tous droits réservés – A. Gibaud – SACD 31435 43

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          (FIONA entre dans la salle et vient se placer devant les tables. Elle commence à faire du regard un tour d'horizon)

FIONA (ton désagréable) : Qu'est-ce que c'est nul… C'est fou de voir encore une telle nullité de nos jours… La déco, la musique…Nul, nul, nul. A l'image de Sylvia, en fait… Et en plus, ça pue… (puis, s'adressant sur un ton hypocritement sympathique à quelqu'un que l'on devine à quelques mètres d'elle) Coucou, Sylvia. Oui, j'arrive à l'instant. Oui, l'ambiance a l'air vraiment super. C'est génial. Vas-y, je t'en prie, on se voit tout à l'heure… (à elle-même, sur un ton désagréable) …si je suis pas déjà partie…

          (Entrée de RACHEL qui vient se placer à côté de FIONA)

RACHEL : Ca va, gros boudin ?

FIONA : Ca irait mieux si j'étais n'importe où sauf ici.

RACHEL : Ca fait longtemps que t'es là ?

FIONA : Trop longtemps. Environ une minute.

RACHEL : Pourquoi t'es venue, si tu savais que ça allait te gonfler ?

FIONA : J'avais la flemme de me faire à bouffer.

RACHEL : Moi, c'est un peu pareil. Pire, même, vu que je ne sais pas faire à bouffer. C'est quoi cette odeur ? On a embaumé quelqu'un ?

FIONA : Je crois pas, même si certains ont des têtes de momies. En fait, il semblerait que ce soit une sorte de parfum d'ambiance, un truc dans ce genre-là… C'est très tendance, en ce moment.

RACHEL : Et c'est quoi l'ambiance ?   "Soleil brûlant sur feuilles mortes pourries" ?

         (Apparition de LYDIE, déjà dans la salle, qui arrive côté cour. Elle vient se placer près des deux jeunes femmes)

LYDIE : Salut les coincées!

RACHEL : Lydie ? Toi ici ? Mince, ma soirée est foutue.

LYDIE : Ca va vous deux ? En tous cas, vous présentez bien, plantées devant le buffet. On voit que vous avez l'habitude de faire tapisserie.

FIONA : Qu'est-ce qu'elle te racontait, la belle Catherine ?

LYDIE : Elle me parlait de ses amants.

RACHEL : Tu veux dire qu'elle te parlait d'une vie antérieure ?

FIONA : Tiens, voilà l'ami Florent. Le sex-symbol des maternelles.

         (Apparition de FLORENT par le côté. Un verre à la main, l'air imbu de sa personne, il s'approche tranquillement des filles)

FLORENT : Miam… Appétissantes, ces belles petites tartes…

FIONA (s'écartant un peu du buffet) : Un petit creux ?

FLORENT : Pas du tout. Je parlais de vous trois….

RACHEL : Très malin. Et Juliette, comment va-t-elle ? Ne me dis pas que tu as enfin réussi à intéresser une fille ?

FLORENT : Ca te donne des frissons partout, hein, de voir un gars discuter avec une fille ? On voit que c'est pas souvent le cas pour toi.

          (FLORENT prend deux petits fours et s'éloigne)

FLORENT (en partant) : A plus tard peut-être. Je vais voir si je peux trouver quelqu'un d'agréable…

RACHEL : Et Sylvia ? Où est-elle ?

LYDIE : Là-bas, juste à côté des deux centenaires.

RACHEL : Ah, oui, ça y est, je la vois. D'autant qu'avec son espèce de toque en poils de chameau, on peut pas la rater.

LYDIE : Perdu. C'est pas une toque, ce sont ses cheveux…

FIONA : Ah ? Et que s'est-il passé ? Elle est tombée dans le sèche-linge ?

RACHEL : Florent n'a décidément peur de rien. Le voilà qui vient d'harponner Marie-Louise.

LYDIE : Ceci dit, il y a pire. Marie-Louise, finalement, je trouve qu'elle a pour elle un certain côté nature…

FIONA : Avec ses trois tonnes de peinture, je dirais plutôt "nature morte"…

RACHEL : C'est ce que je pense aussi. D'ailleurs, regarde sa figure, un vrai tableau : on distingue très bien les différentes couches successives qui ont été appliquées…

LYDIE : Et à gauche de Florent, c'est pas Mireille ?

FIONA : Exact. Et à côté d'elle, ce doit être sa fille…

RACHEL : Tu crois ?

FIONA : Sûr. Regarde : elles ont exactement les mêmes grosses verrues sur les mollets…

         (Retour de FLORENT)

LYDIE (à Florent) : Tu vois qu'on finit toujours par revenir à ses premières amours…

FLORENT : C'est pas de gaieté de cœur, mais vu que vous êtes placées juste devant mes petits choux garnis préférés… Pardon…

           (FLORENT s'intercale de façon un peu impolie entre deux des filles et prend un petit chou garni)

RACHEL : Regardez-moi ça : Isabella qui se pavane au milieu de ses admirateurs…

FIONA : …du troisième âge…

LYDIE (à Florent) : Toi qui est prêt à sauter sur n'importe qui, ça m'étonne que tu ne sois pas en train de lui tourner autour…

FLORENT : Détrompe-toi, ce n'est pas du tout mon genre. Tu vois, c'est le type de femme dont on disait peut-être à l'époque "elle a tout ce qu'il faut où il faut". Aujourd'hui, ce serait plutôt "elle en a plus qu'il n'en faut un peu partout".

RACHEL : Ton genre, c'est plutôt Marie-Eve ?

FIONA : N'empêche, Marie-Eve, on la voit pas changer. Elle doit avoir combien ? Autour des cinquante ans peut-être ?

FLORENT : Depuis qu'elle a vingt ans elle en paraît soixante, alors c'est pas facile de lui donner un âge… Bon, je retourne à la table des boissons. (en sortant) Je vais bien finir par rencontrer quelqu'un d'intéressant…

LYDIE (observant fixement quelqu'un) : Regardez, là-bas, c'est Philippine… Vous trouvez pas qu'elle fait pétasse avec… { elle décrit exactement la même tenue que porte Rachel. Par exemple : "…sa veste bleue, son chemisier blanc, ses chaussures à talons…" }…?

RACHEL (faisant la moue) : Non, je trouve pas.

LYDIE : Tu trouves pas ? (elle se retourne vers Rachel et, comprenant le malaise, elle tente de se rattraper) Heu… C'est toujours pareil, ça dépend par qui c'est porté…

FIONA : C'est la totale : même Clotilde est là.

LYDIE : Clotilde ?

FIONA : Une cousine de Florent. Un jour, on me l'a présentée avant que j'aie le temps de me tirer.

RACHEL : Tu veux parler de cette niaise qui te fait coucou en souriant bêtement ?

FIONA : Oui, c'est elle. (faisant coucou avec la main, parlant entre ses dents, avec un sourire hypocrite) "Oui, c'est ça, je t'ai vue… Surtout ne bouge pas, reste où tu es…"

LYDIE (même attitude que Fiona) : "…et continue de nous faire coucou. On les voit bien, tes longs poils sous les bras…"

FIONA : C'est quoi cette grande bâche qu'elle a sur le dos ? Elle fait suivre sa toile de tente au cas où ?

LYDIE : Hélas, je crois bien que c'est sa robe…

RACHEL (regardant sur le côté) : Dis-donc, Lydie, c'est pas Axel qui vient par là ? Le gros lourd qui essaie chaque fois de te draguer ?

LYDIE : Si, c'est bien lui. Ce coup-ci, je vais pas me laisser avoir. Vous n'avez qu'à dire que je suis avec mon mec.

          (LYDIE se dirige alors vers le (vrai) public. Elle repère un spectateur d'âge mûr, se place à côté de lui, et fait semblant de discuter avec lui de façon passionnante. AXEL s'approche de FIONA et RACHEL)

AXEL : Bonjour. Il me semblait avoir aperçu Lydie…

FIONA : Oui, elle est là-bas, en train de discuter.

RACHEL : Et je crois qu'elle n'a pas envie d'être dérangée, au cas où tu aurais voulu aller lui parler.

AXEL : Au contraire, ce sera l'occasion de faire connaissance avec son père.

FIONA : Ce n'est pas son père, c'est son mec.

AXEL : Son mec ?!

RACHEL : Ben, oui. Tu n'étais pas au courant ?

AXEL : Heu, non. Encore moins qu'elle était avec quelqu'un qui a deux fois son âge…

FIONA : Lydie est comme ça. Elle a un faible pour les hommes mûrs. Autant dire que tu n'as aucune chance…

AXEL : Eh bien, je lui souhaite beaucoup de bonheur. Parce que ce type, je le connais. C'est le chaud lapin du quartier. Bon, à plus tard…

          (AXEL s'en va. LYDIE revient près de ses copines)

LYDIE : Ouf! J'espère qu'il ne va pas revenir à la charge.

RACHEL : Alors, c'était bien avec ton "mec" ?

LYDIE : Un sacré rapide, celui-là. On a à peine échangé quelques mots qu'il s'y voyait déjà.

          (Un temps)

RACHEL : Quelle galerie de débiles… On est vraiment bien entourées…

FIONA : Oui. Et c'est d'autant plus vrai qu'il y a un truc que je n'arrive pas à m'expliquer. Il y a parfois des choses incompréhensibles.

LYDIE : De quoi tu veux parler ?

FIONA : Tous les jours, je me fais la même réflexion : comment ça se fait que, toutes les trois, on soit les seules à être encore célibataires ?

FIN

                                                                                                                                                                                                         A. GIBAUD – juillet 2007

 Texte créé le 2 février 2008

à Landeronde (Vendée)

par "L'Envers du Décor"

 

Téléchargez gratuitement "Petits fours et vacheries" en intégralité sur le site Le Proscenium :

http://www.leproscenium.com/Detail.php?IdPiece=2879

 

 

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