MON
TENDRE EPOUX
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Martine BRUZAT
Création du texte à Thuir
Théâtre de l'Hémione
29 juin 2013
1
comédienne + 1 petit rôle féminin vers la fin
Durée : 4 mn
Une
table, une chaise... Meubles en bois très modestes.
Une
jeune femme, cheveux tirés, sans bijoux ni maquillage.
Elle
est sobrement vêtue d'une jupe, et d'un chemisier boutonné jusqu'au cou.
Elle
est assise sur la chaise.
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FEMME (Elle tient dans ses mains un tissu, soigneusement plié, qu'elle triture. On peut penser qu'il s'agit d'un mouchoir) :
"… des
heures et des heures… des jours et des jours… Toujours les mêmes tâches,
tous les jours, toujours aux mêmes heures…"
FEMME (un peu révoltée.
Se met debout) :
"Et à côté
de ça, ton absence.
Et ce silence
que rien ne parvient à déchirer.
Tu penses
vraiment que je mérite cette vie-là ?
Moi qui te sers
sans jamais me plaindre.
Moi qui me
tiens sans cesse à tes côtés, mettant à profit chaque occasion de t'être
agréable.
Ne t'ai-je pas
suffisamment donné ? Ne me suis-je pas suffisamment donnée ?
J'ai multiplié
les preuves de mon attachement.
Je me suis dévouée
autant que toute mon énergie me le permettait.
Je suis parfois
allée jusqu'à l'oubli de ma propre personne afin de ne pas m'exposer à tes
reproches.
Mais, malgré
cela, j'attends toujours un signe de ta reconnaissance.
Je ne te
demande pas grand chose. Seulement un petit signe qui suffirait à me rendre
heureuse de t'avoir choisi. D'avoir choisi de t'accompagner une vie
durant."
FEMME
(Coince le tissu dans la ceinture de sa jupe)
"Mais tu restes sourd à mes pleurs.
C'est comme si tu ne me voyais pas.
Comme si je n'existais pas.
Alors que pourtant nous vivons tous les deux, ensemble, dans cette demeure, depuis l'instant de notre union."
FEMME (Tend sa main) :
"Et cet anneau qui enserre mon doigt. Qui prouve à quel point je souhaitais unir mon existence à la tienne. Il ne signifie rien pour toi ?
(Un temps. Plus douce)
Jamais je ne t'ai trahi.
Jamais je ne me suis détournée de toi.
Chaque moment de ma journée t'est consacré.
Chacune de mes pensées est dirigée vers toi.
Chaque instant, je suis là, à t'attendre.
Mon époux. Mon tendre époux.
Tu vois, je t'appelle "mon tendre époux" car je ne veux te connaître que sous le jour de la tendresse.
Constamment, mon ventre brûle tant mon amour est intense.
Tout en moi cherche ta présence.
Ma bouche prononce les mots les plus doux pour essayer de t'amener à moi."
FEMME
(Un temps. Plus déterminée)
"Sache que je ne renoncerai pas.
Non, je ne renoncerai pas, même si je dois souffrir.
Car la vie à tes côtés m'apparaissait et m'apparaît toujours comme la seule voie vers le bonheur.
Une voie que j'ai choisie. En toute conscience.
Une voie qui ne m'a pas été imposée par les contraintes de l'existence ou les pièges du destin.
Je ne renoncerai pas, même si je dois continuer à supporter ce vide que tu crées et qui parfois me donne le vertige.
Je ne renoncerai pas parce que je sais qu'au fond, ton silence n'est pas mépris.
Que ma solitude n'est pas humiliation.
Je ne suis pas désespérée.
Non, je ne suis pas désespérée, même si mon corps ne sent pas venir tes caresses.
Même si ma peau devient glacée à force de ne pas être frôlée."
FEMME
(Un temps. Plus angoissée)
"Je ne suis pas désespérée…
Même s'il y a des matins, comme celui-ci, où je suis prise d'angoisse en m'imaginant que m'as oubliée pendant la nuit.
Même s'il y a des jours où je crois te perdre de vue.
Même s'il y a des soirs où je ne suis pas sûre de te retrouver."
FEMME
(Tombe à genoux. Un peu exaltée)
"Je t'en prie, viens à moi. Prends-moi ! Prends-moi toute entière !
Montre-moi combien j'ai raison de croire en ton amour !
Montre-moi que c'est bien à toi que je devais offrir ma jeunesse !
Même si je savais qu'ils refuseraient tous d'entendre ma décision.
Même si je savais qu'ils allaient tous s'éloigner de moi."
FEMME (Quelques secondes. Regarde fébrilement autour d'elle, attendant un signe qui ne vient pas. Crie) :
"Réponds-moi ! Réponds-moi, bon sang !
Réponds à ta jeune épouse qui te désire !
(elle dégrafe violemment le haut de son chemisier, dévoilant sa gorge)
Ne laisse pas l'ennui et le désespoir s'enfoncer dans mon être !
(se
lacère le haut de la poitrine avec ses ongles)
Viens lacérer ma chair de ton amour jusqu'à atteindre mon cœur !"
FEMME (Hurle, comme possédée) :
"Viens me remplir ! Viens me rassasier ! Viens me combler !"
(A
cet instant, MERE SUPERIEURE, la mine glaciale, fait son entrée et vient se
placer juste derrière FEMME qui s'interrompt net et s'immobilise, un peu
honteuse)
MERE
SUPERIEURE :
"Sœur Agnès, nous vous attendons pour les Laudes."
(MERE SUPERIEURE tourne les talons et sort. FEMME prend son bout de tissu et se l'ajuste sur les cheveux : c'est son léger voile de religieuse. Elle reste à genoux, joint ses mains en prière, lève les yeux vers le ciel)
FEMME
(voix posée et pleine d'adoration) :
"Mon tendre époux. Mon tendre époux du ciel.
Donne-moi le courage et la force pour cette journée qui commence.
Porte-moi dans cette vie que j'ai souhaité te consacrer jusqu'à mon dernier souffle.
Promets de me soutenir si je tremble, de me relever si je m'écroule sous le poids de l'abstinence et du sacrifice.
Sois à mes côtés.
Je suis si jeune.
Et le chemin va être si long…"
mars
2012
Texte créé le 29 juin 2013
à Thuir (Pyrénées-Orientales)
par Martine BRUZAT (Théâtre de l'Hémione)
Téléchargez gratuitement "Mon tendre époux" en intégralité :
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Tous droits réservés – A.GIBAUD – SACD n° 218551/02
ATTENTION !!
Avant toute mise en répétition de ce texte, une demande d'autorisation doit être effectuée auprès de la S.A.C.D., seule habilitée à accorder les droits d'exploitation et de représentation.